1930 Histoire d'Air Orient.
Les appareils, les hommes, le trajet, carnets de vol, sites survolés, affiches, le courrier, les horaires.
 

L'ESPRIT DE LA LIGNE
1928

Partir vers Beyrouth, sur le premier tracé d'AIR ORIENT, en respectant l'itinéraire et les escales de l'époque, c'est faire revivre l'esprit d'aventure d'équipages exceptionnels.

 
AIR ORIENT
Premier service régulier de transport de courrier et de passagers vers le moyen et l'extrême orient, dont le service actif a débuté en 1928 !
Le segment entre Marseille et Beyrouth était assuré par hydravion CAMS Les passagers étaient débarqués à Beyrouth avant de poursuivre le trajet par la route jusque Damas d'où ils empruntaient un autre appareil vers Bagdad. La ligne d'Indochine comportait ainsi de nombreuses étapes et plusieurs changements d'avions, mais elle facilitait considérablement les communications entre la France et les colonies d'Asie.
En 1933, la fusion des différentes compagnies du réseau aérien français conduisit à la naissance d'Air France qui hérita d'Air Orient: la ligne d'Indochine, et surtout le logo de l'hippocampe ailé, symbole de la compagnie française jusqu'au jour présent.
Caractéristiques de l'hydravion CAMS
Envergure : 20,40 m
Surface portante 113,45 m²
Longueur : 15,03 m Hauteur : 5,41 m
Vitesse max. : 195 km/h
Vitesse de croisière : 150 km/h
Plafond : 3400 m
Autonomie : 1280 km
Poids : 4590 kg (à vide) 6900 kg (max)
2 Moteurs Hispano-Suiza 12 Lbrde 600 ch
 
 

Maurice NOGUÈS 1889-1934
Le nom de Maurice Nogués est indissolublement lié à l'histoire de l'aviation commerciale française. C'était un homme d'une grande valeur morale qui n'avait d'égale que sa modestie et sa droiture exemplaire.
 
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LE PARCOURS MYTHIQUE
MARSEILLE - NAPLES - CORFOU - ATHENES - KASTELORIZO -BEYROUTH
 
 
Marseille-Beyrouth
Beyrouth! Aller à Beyrouth en 1929 par voie maritime représentait un joli voyage, l'ordre de grandeur était de sept à neuf jours. L'amélioration de durée procurée par le voyage aérien qui durait trois jours était donc très sensible et avantageuse sans nuire à l'aspect touristique du voyage.
CARNETS DE VOL
 
Marseille Naples
Air Union Ligne d'Orient avait sa base d'exploitation à Marignane d'où nous décollions. Ayans reçu tous les soins et vérifications nécessaires, tant au point de vue coque, voilure , moteur dans le hangar ou était hébergé l'appareil, il était amené sur un chariot jusqu'à la grue qui soulevait et le déposait dans son élément aquatique, en l'occurence l'étang de Berre toutes ces manœuvres étaient aisées pas temps calme , mais par mistral qui arrive souffler à 80, 100, 120 km/h, le hissage et la mise à l'eau présentaient de grandes difficultés.
 
Le Mistral à Marseille
Le décollage était parfois sportif : par grand mistral, il fallait traversait en hydroplanant tout l'étang jusqu'en face, à Berre, où la moindre hauteur du relief ramenait à des valeurs acceptables les coups de bélier ébranlant l'appareil prenant de la vitesse. Mais, il fallait y aller, à Berre ! Le poste de pilotage comportait à la partie supérieure, un auvent que pouvions fermer pendant l'hydroplanage et nous récoltions de sérieux paquets d'eau dans cet exercice. Ce qui nous amenait à commencer le voyage passablement mouillés malgré les cuirs qui nous protégeaient. Nous étions convenus une fois pour toute que décollage et amerrissage représentaient la moitié du voyage .
 
Nous voilà partis l'Estaque le Chateau d'If avec le spectre du comte de Monte Christo dont nous retrouverons l'île plus avant sont quittés en prenant le large avant de nous pointer sur la Corse touché à st Florent qui fut, maintes fois, un lieu d'attente de réduction du Mistral, en "remontant " de Naples vers Marseille. Pour la surveillance des appareils, Noguès y avait fait installer une base de radiotélégraphie et radiogoniométrie, à ses débuts qui nous fut souvent bien utile, contrôlée, aménagée par Bodiou. Nous revenions, lorsque les nécessités se faisaient sentir, toujours avec plaisir dans ce charmant petit pays. Il arrivait parfois que St Florent même n'était pas utilisable et le lac de Biguglia, de l'autre côté du col, dont la ville fut la première capitale de la Corse, nous accueillait. Sans beaucoup de moyens, la base étant à St-Florent, sinon l'amabilité des pêcheurs qui nous faisaient partager leur succulente bouillabaisse. A nouveau la mer que nous devons survoler jusqu'à Naples. Le rocher de Montecristo sur la route nous fut, un jour, de grand secours. Le moteur avant ayant des ennuis nous dûmes nous poser dans une crique de ce rocher, y connaissant la présence d'une bouée. Nous fûmes accueillis par les seuls habitants de l'île, une famille qui nous fit goûter sa production vinicole récoltée sur la seule toute petite bande de terre existant dans l'île ! Pour repartir, il fallait alléger au maximum l'appareil, en raison de la houle très forte de la pleine mer. Gianturco, notre si sympathique représentant pour l'Italie, en fit son affaire. Nous allâmes à San Stephano, petit port à côte du grand centre militaire d'Orbetello, attendre notre chargement puis repartîmes vers Naples, " Voir son ciel, et mourir ". Vrai et pas vrai, car s'il est de fait que Naples, le port, les environs sont magnifiques par beau temps, on y trouve en hiver de bien tristes journées. Arrivée et départ du port de Naples relevaient du traffic. Les liaisons air sol n'étaient pas toujours correctes, il fallait à l'arrivée tourner une ou deux fois au-dessus de celui ci pour faire connaître le besoin d'amerrissage. Ensuite la sirène du port retentissait pour informer tous les petits bateaux d'en dégager l'axe. Il m'arriva cependant en hydroplanant que le mat d'une barque à moteur déchira la toile de l'aile entraînant des réparations périlleuses sur l'eau.
PEV Gap CM1
 
Naples Corfou Départ le lendemain. Sur le parcours Naples Corfou, un obstacle non négligeable pour les appareils de l'époque : les Apennins qui procuraient une grande satisfaction lorsqu'ils etaient franchis. Des récits des difficultés et déboires rencontrés en les franchissant, ou sans pouvoir les franchir, attestent des réactions ressenties. Mais avant d'y arriver, s'il faisait beau, la baie de Naples, où Noguès a fait naufrage, est toujours un enchantement, avant d'aborder et survoler la presqu'île de Sorrente dans laquelle viennent se nicher Sorrente, Amalfi, Sarlerne trouvant en face de sa pointe Capri. Laissant Salerne et Paestum , nous suivions, lorsqu'il ne faisait pas très beau la côte jusqu'au golfe de Ste-Euphémie pour passer ces Apennins à l'endroit de leur plus petite largeur et atteindre Catanzaro qui indique que la mer Ionienne n'est plus loin. Mer Ionienne bien jolie, bien calme, lorsqu'elle n'est pas en colère ! J'y ai vu des trombes où, sous la base d'un champignon tout noir, l'eau de la mer était aspirée à 200, 300m. Il y a intérêt à ne pas trop se frotter à ce genre d'éléments. Par temps convenable, nous quittions, plus au nord, la côte à Scalea, pour déboucher dans le golfe de Tarente. Un bon bras de mer donc avant d'arriver à Corfou, l'ancienne Corcyre, est toujours atteinte avec plaisir. Merveilleuse petite île, son tout petit relief, 911 m maximum, ses baies, ses criques en font un endroit enchanteur. Les vicissitudes de l'histoire l'ont trouvée possédée par les Byzantins, les Grecs, le Royaume français de Naples, par Venise. Elle redevint française en 1737 jusqu'en 1814, puis anglaise de 1815 à 1863, pour redevenir, enfin, département grec. Pas étonnant si avec un tel atavisme le peuple corfiote est largement polyglotte dans les familles aisées avec la pratique d'au moins 400 langues. A certaines époques sans bonne visibilité avant d'arriver à Corfou on " sent " l'île au propre pas au figuré ce sont les effluves des innombrables orangers qui en apportent la réalité.
PEV Gap CM1
 
Athènes-Castellorizo-Beyrouth
Beyrouth, dernier tronçon de la ligne Méditerranée. Plusieurs possibilités, compte tenu du matériel, s'offraient: effectuer Athènes-Rhodes ou Athènes-Famagouste (Chypre) que Noguès visitera ou encore, en point intermédiaire, en distance, Athènes-Castellorizo-Beyrouth. C'est ce trajet que choisit Noguès. Athènes survolée, le chapelet des îles des Cyclades: Andros, Zea, Thermia, Syra, Paros, Naxos, Amorgos, sur la route ou de chaque côté de la route, s'éloignent au fur et à mesure du rapprochement de Rhodes. Peu ou prou, elles auront été toutes survolées ou contournées, parfois assez bas, en fonction des conditions atmosphériques. Certaines ont même servi, pour ces raisons, de havre momentané, ce qui a permis de constater la gentillesse de ses populations et la sinplicité de leur vie. Rhodes, sur route des migrations et du trafic maritimes, subit bien des vicissitudes, produites par tant de différents conquérants: les Grecs avec Alexandre le Grand, les Romains, Byzance, les Latins avec l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, les Turcs de l'empire Ottoman, les Italiens en 1923(enfin les Grecs en 1948). Nous n'y trouvons pas le colosse de Rhodes dédié au soleil avec ses 31 m de haut, tout en bronze, douze ans ayant été nécéssaires pour l'ériger (en 280 av. notre ère), un tremblement de terre l'ayant détruit en 223 av. J.-C.Assez montagneux, les 1215m du mont Altaïro ne facilitaient pas toujours la navigation par mauvais temps dans ces parages.
CM2 Ecole Anselme Gras GAP
Castellorizo L'île Castellorizo, peuplée d'élèments grecs, était devenue dépendance italienne du Dodécanése. Son petit, tout petit port mérite vraiment une place spéciale dans le défilé de nos bases. Face à la Turquie, ce piton rocheux présentait les plus extrêmes difficultés d'accés. Il fallait vraiment "plonger"pour pourvoir se poser dans ce petit port comptant seulement quelques centaines d'habitants. Et, pour en sortir, la passe n'était pas trop grande. Un petit local permettait de nous y restaurer. Il y avait une cheminée dans ce local et au-dessus un pan de mur qui a reçu les signatures de tous les premiers utilisateurs d'Air Union Lignes d'Orient, Noguès en tête. Naturellement, pas de météo. Nous avions quand même une idée de l'évolution possible du temps: la hauteur de l'eau dans le port. Lorsque celle-ci arrivait a ras bord du quai, qui n'était pas très large, ce n'était pas bon signe et l'on devait en trouver les effets un peu plus loin. Inversement, ce pouvait être du tourisme pour joindre Chypre. Pour les mêmes raisons que Rhodes, l'île de Chypre a vu, au cours des âges, une succession de dominations et de dominants, et nous avons souvenance d'un certain Richard Cœur de Lion en 1191 qui, parti pour la troisième croisade et se dirigeant vers la Syrie, dut se réfugier sur l'île. Mal reçu par l'occupant, en l'espèce, le byzantin Isaac Comnene, Richard Cœur de lion livra bataille, le battit et prit possession de l'île. Trop près de Beyrouth pour être utilisée comme base, Famagouste servait de point de repli. C'est là que, par une tempête, fut immobilisé un appareil. Rompant une partie de ses amarres, il fut tellement endommagé que la réparation était impossible sur place et il revint en France en bateau.
CM2 Ecole Anselme Gras GAP
 
Beyrouth Par temps clair la chaîne du Liban, au pied de laquelle se trouve Beyrouth, se voit de très loin. L'Hermon, culminant à 2794m, couvert de neige une partie de l'année, est un joli repère. Beyrouth, premier jalon de la ligne d'Extrême Orient, renforcera son trafic commercial grâce à cette liaison effectuée en trois jours chaque semaine. Naturellement, on se pose dans le port qui recèle les traîtrises de tout ce genre de trafic: bateaux, houle et difficultés de manœuvre. Terminus de la ligne, Noguès a fait installer hangar, atelier et tout le nécessaire d'exploitation. Il arrivera que se soit bien utile, telle cette fois ou l'appareil, s'étant posé par très forte houle, les mâts avant supportant le bâti-moteur ont flambé et l'hélice s'est retrouvée dans le poste radio. Heureusement que le titulaire du poste n'y était pas! Quel passé également pour cette ville dont les Phéniciens avaient fait un centre important , coupant tous ces magnifiques cèdres pour construire leurs bateaux qui sillonnaient la Méditerranée. Les romains, grand constructeurs ont marqué leur passage par les grandioses monuments de Baalbek. Les Druses, les Turcs, les Egyptiens avec Ibrahim Pacha, le mandat français, que de peuples sont passés par là. La vie à Beyrouth était extrêmement agréable. La diversité de population chrétienne et musulmane était plaisante, les plages magnifiques, les ressources locales abondantes et variées. Si en hiver la température était agréable, la lourdeur estivale était très pénible mais pouvait être facilement supportée par un séjour bref ou prolongé dans la montagne toute proche. Beyrouth sera utilisé comme point d'arrivée jusqu'en janvier 1931 et sera remplacé par Tripoli. Pour joindre Damas, de Beyrouth, le parcours routier était utilisé, présentant, surtout en hiver, des difficultés. De plus, à cette époque, Beyrouth ne possédait pas de terrain d'aviation alors que Tripoli en était pourvu. Une fonction aérienne pouvait et fut réalisée entre Tripoli et Damas pour continuation plus rapide du courrier et des passagers vers l'Indochine ouverte en janvier 1931. Dans ce voyage Marseille-Beyrouth, il n'a pas était beaucoup parlé des passagers. C'est que, au début, nous ne faisions qu'un service postal, et puis trois passagers seulement trouvaient place dans l'appareil.  
Plus tard...
 




Les affiches, la promotion d'Air Orient
 
 
 
 
 
Le courrier Soudain, le courrier volait au-dessus des mers réduisant sensiblement les délais d'acheminement. De neuf jours par transport maritime, l'avion livrait les lettres en trois jours.  
 
Les Horaires de la ligne
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